Toxicomanie-et-hypnoseSOMMAIRE

Préface de Jacques André

Introduction

1° Partie : Pensée et toxicomanie

  1. Relation d’objet et représentation
    Fantasme et représentation
    De la satisfaction hallucinatoire au fantasme
    L’acte toxicomaniaque comme révélateur de l’absence de désir
    L’en-deça de la toxicomanie : une symptomatologie d’allure dépressive
    Les aléas de la constitution de l’objet interne
    L’identification projective et la représentation
    L’acte d’incorporation comme substitut au mal-être
    La quête de l’objet
    L’affect et la représentation
  2. Le corps en représentation
    La mise en scène corporelle du monde
    La perception et la représentation
    Auto-érotisme et représentation
    De la souffrance psychique à la souffrance corporelle
    Les pulsions agressives à l’œuvre
    L’autodestructivité en prime
    La pulsion de mort : spéculation ou entité clinique ?
  3. Représentation et symbolisation
    Le processus de symbolisation
    Le fantasme dans sa relation au symbole
    Le symbole, la symbolique, la symbolisation
    La fonction de symbolisation
    L’en-deça de la représentation
    L’originaire
    L’expérience du double
    Le refoulement originaire

2° Partie : Hypnose et représentation

  1. L’inconscient psychanalytique face à l’hypnose
    Du magnétisme animal à l’hypnose
    Le curatif et ses mises en forme
    Le fluide en quête d’identité
    Hyp nose et suggestion
    La controverse inachevée
    Suggestion et transfert
    Le retour du refoulé
  2. Le monde de l’hypnose
    Les voies de l’inconscient
    Un champ d’investigation multiforme
    La positivité de l’inconscient
    Le modèle de la transe
    L’hypnose et l’état de transe
    La transe dans les sociétés traditionnelles
    Les états modifiés de conscience
    Une dénomination multiforme
    Un mode de relation primaire réactivé
  3. La remobilisation des processus de pensée
    Toxicomanie et hypnose
    L’approche thérapeutique
    L’induction hypnotique
    Le vécu et l’imagerie hypnotique
    Eléments cliniques et questionnements
    Les apports de l’hypnose au suivi psychothérapique des toxicomanes
    L’hypnose au regard de la clinique psychanalytique
    La pensé en-corps et encore
    L’appel au corps
    L’hypnose en tant que mise en question

Conclusion

Bibliographie

Ma pratique professionnelle d’accompagnant dans la démarche de soins d’héroïnomanes m’a conduit à m’interroger sur la place du produit dans l’économie psychique du toxicomane et, plus précisément, sur ses rapports avec ses représentations mentales.

Le toxicomanie m’apparaît ainsi comme une tentative de maîtrise d’affects et de représentations qui viennent submerger l’appareil psychique. Elle supplée à des processus de pensée défaillants par le recours à un objet concret qui fait l’économie de la relation objectale et réalise par son action sur la chimie neurocérébrale une dilution de l’activité pulsionnelle dans le registre sensorio-perceptif. La conduite toxicomaniaque parvient à une suspension de l’activité de penser, ce qui nous situe au point d’émergence de l’activité de représentation et nous renvoie à des questionnements sur l’originaire.

La persistance de deuils transgénérationnels inélaborables, un apprentissage de la frustration rendu difficile au sein d’une dynamique incohérente de la présence et de l’absence de l’objet, une fonction tierce inopérante qui n’a pas permis la confrontation à la loi symbolique, sont autant d’éléments d’observations cliniques qui précèdent l’avènement d’une toxicomanie. La clinique psychanalytique nous a servi de point de départ à une réflexion s’inscrivant dans le cadre de la théorie psychanalytique de la pensée et nous a conduit à nous questionner sur les conditions d’émergence de la représentation et du développement de l’activité symbolique.

La fuite dans une néoréalité, la nostalgie d’un espace mythique, l’impression d’inanition psychique qui transparaît dans les entretiens, recouverte bien souvent par la superficialité des propos, nous a amené à recourir à l’hypnose en tant que technique thérapeutique, permettant alors de réactiver un mode de relation primaire à partir d’un état modifié de conscience provoqué.

La psychothérapie d’inspiration psychanalytique, reposant sur le silence du thérapeute et la méthode des associations libres, rencontre ses limites face aux toxicomanes. Un tel cadre thérapeutique prend rarement sens pour le toxicomane, le silence accroît l’angoisse du vide et ne permet pas l’établissement d’une relation thérapeutique. La capacité d’associer des idées, quand elles parviennent à s’exprimer, n’apparaît pas d’emblée et s’épuise vite. L’empathie nous apparaît nécessaire à la constitution de l’alliance thérapeutique et s’accompagne d’une prise de parole du thérapeute dans le cadre de relances du travail thérapeutique.

A partir d’une anamnèse détaillée et sur la base d’entretiens psychothérapiques accordant une place à l’empathie, nous avons proposé en alternance quelques séances d’hypnose auprès d’un public d’héroïnomanes, au sortir d’un sevrage, avant la mise sur le marché des produits de substitution. Nous avons opté pour le mode d’induction de la démarche classique, estimant que le recours à la métaphore nous apparaît peu compatible avec le déficit de symbolisation repéré chez le toxicomane, en même temps que la technique classique répond à son attente de réexpérimenter le « déclic » qu’il éprouve lors du passage à un état modifié de conscience avec la prise de produit.

Des changements importants apparaissent. La transe hypnotique favorise un état de relaxation profonde, une réappropriation du vécu corporel. Il en ressort l’impression d’un corps désormais habité, investi comme une enveloppe protectrice. L’activité pulsionnelle s’exprime à nouveau, permettant un vécu de la sexualité dans le registre de la sensorialité, du plaisir. La personne affirme davantage son désir propre, accepte désormais le conflit relationnel qu’elle parvient à médiatiser par la parole, développe une motivation autour d’un projet de vie plus adapté. L’expression verbale voit un développement de la fluidité verbale, un enrichissement du vocabulaire, l’émergence d’une capacité d’introspection et de verbalisation d’affects et d’émotion donnant une densité et une authenticité à la relation thérapeutique. L’activité fantasmatique et l’activité de rêve se développent à nouveau.

L’émergence d’un tel matériel clinique signe la remise en activité de la fonction symbolique. L’hypnose fait voler en éclats les « résistances chimiques » mises en place par le produit et confronte de nouveau le toxicomane à l’expérience du désir. C’est toute la souffrance émotionnelle qui vient à s’exprimer, qui doit être accueillie sur le registre de l’empathie. La dynamique relationnelle thérapeutique qui s’instaure n’est plus faite de faux-fuyants et permet d’aborder la haine de l’objet s’accompagnant de culpabilité et de conduites autopunitives.

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Extraits

« Des changements importants sont apparus dans la personnalité des toxicomanes, même après quelques séances. La transe hypnotique favorise un état de relaxation profonde, une réappropriation du vécu corporel. Le relâchement de la tension neuromusculaire procure un état de bien-être qui s’accompagne d’un état de fatigue momentané. La potentialisation sensorielle et la réactivation pulsionnelle concourent à un investissement corporel différent. Jusque-là le corps était appréhendé comme un corps en souffrance dans la douleur du manque, un corps cerclé par l’inhibition, ou objet de blessures, d’accidents à répétition ou de coups. Le corps, sous l’effet du produit, était aussi l’objet d’expérimentations physico-chimiques qui perturbaient le rythme et l’équilibre biologique.

Les transformations corporelles portent aussi sur l’expression mimique qui n’apparaît plus tenue, cireuse. La démarche est moins gauche, plus harmonieuse. L’expression posturale traduit davantage les émotions et la séduction, notamment chez les femmes. Il en ressort l’impression d’un corps désormais habité, investi comme une enveloppe protectrice, qui témoigne d’une résolution des défaillances des fonctions du Moi-peau que nous avons relevées. Le corps devenant un lieu d’échanges et de communications, il est noté une amélioration de l’image corporelle à travers l’habillement.

L’activité pulsionnelle s’exprime à nouveau. La sexualité jusque-là vécue sous produit chez les femmes, est davantage appréhendée dans le registre de la sensorialité et du plaisir. L’activité pulsionnelle réapparaît aussi sur le versant agressif et se trouve vécue différemment selon les personnes en fonction des conflits intrapsychiques sous-jacents, de leurs capacités de mentalisation et de leur engagement psychothérapique. Des réponses diverses peuvent s’observer sous la forme de réactions physiques vives à des vexations, des insultes ou de débats contradictoires vifs qui surprennent l’entourage. La personne revendique davantage son désir propre, même si elle reconnaît parfois ses difficultés à maîtriser son activité pulsionnelle. Celui-ci donne lieu au développement d’une motivation, à l’engagement dans des activités, dans un processus d’insertion, à une nouvelle disposition qui l’aide à prendre une place dans la société au prix d’une lutte intérieure.

L’expression verbale bénéficie d’une amélioration notoire dès la première séance avec l’apparition d’une fluidité verbale et d’un enrichissement du vocabulaire. Le ton est moins monotone, le temps de réaction dans la communication verbale se réduit et le registre de l’expression verbale est davantage utilisé avec les proches. Cette donnée nouvelle est importante pour les entretiens psychothérapiques. Il met des mots sur ses émotions, accède à des prises de conscience, exprime plus fidèlement ses pensées en même temps que son niveau de compréhension intègre davantage des notions abstraites. Pour ceux qui, au contraire, manifestent une aisance verbale tournant à la logorrhée, ils gagnent en authenticité. Leur discours se remplit d’affects alors qu’il n’était constitué que de formules vagues ou n’était que le reflet d’un quotidien banal et artificiel (…).

La vie psychique tend à s’organiser autour d’une trame temporelle, se substitue au fonctionnement du « tout, tout de suite ». Les désirs sont différés, s’inscrivent dans des séquences temporelles, les demandes d’insertion sociale correspondent davantage à leurs possibilités présentes. A la restructuration de l’espace psychique coïncide la réorganisation de l’espace relationnelle et social qui implique des choix, des priorités, l’acceptation de frustrations, d’attentes, la confrontation à des moments d’effervescence ou de calme qui ne sont plus vécus comme un vide ».